VIEILLIR

Publié le par lamée

Vieillir, se l'avouer à soi même et le dire

tout haut, non pas pour voir protester les amis,

mais pour y conformer ses goûts et s'interdire

ce que la veille encore on se croyait permis.

 

Avec sincérité, dès que l'aube se lève,

se bien persuader qu'on est plus vieux d'un jour ;

à chaque cheveu blanc, se séparer d'un rêve

et lui dire tout bas un adieu sans retour.

 

Aux appétits grossiers, imposer d'âpres jeunes,

et nourrir son esprit d'un solide savoir,

devenir bon, devenir doux, aimer les fleurs,

aimer les jeunes, comme on aima l'espoir.

 

Se résigner à vivre un peu sur le rivage,

tandis qu'il vogueront sur les flots hasardeux,

craindre d'être importun sans devenir sauvage,

se laisser ignorer tout en restant près d'eux.

 

Vaquer sans bruit aux soins que tout départ réclame,

prier et faire un peu de bien autour de soi,

sans négliger son corps, parer surtout son âme,

chauffant l'un aux tisons, l'autre à l'antique Foi.

Puis un beau soir, discrètement, souffler la flamme

de sa lampe et mourir parce que c'est la loi.

 

Jean Fabié

 

 

(TROUVE SUR LE NET)7f6f73fd

Publié dans poèmes

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